Histoire du marché couvert

Les halles (ou marché couvert) de Parthenay constituent avec le Kiosque à musique le seul témoignage local de l’architecture métallique du XIXe siècle. Elles apportent une touche de charme détonant au centre-ville et restent toujours très fréquentées.

Le commerce alimentaire forain à Parthenay avant la construction du Marché couvert

Du Moyen Age jusqu’en 1860, des halles servant pour la vente des denrées alimentaires par les commerçants ambulants étaient implantées dans la Citadelle. En 1860, elles laissèrent place à l’actuel Palais de Justice, tandis qu’une Halle aux grains s’élevait à l’emplacement de l’actuel Palais des Congrès. La vente des viandes, poissons, fruit, légumes et autres denrées se faisait également sur les places publiques : places des Bancs et Picard principalement.

Le site du marché couvert avant sa construction

Avant la construction du Marché couvert, le site avait accueilli le premier abattoir public de la ville, en service de 1822 à 1870. La halle de boucherie adjacente, fermée en 1856, servit un moment de salle de théâtre.

La construction initiale (1881)

Contexte et raisons de la construction

C’est à l’initiative du maire Louis-André Ganne (en 1909 la rue du Romarin, adjacente au Marché couvert, sera renommée rue Ganne) que l’on doit la construction de ce marché couvert. Elle obéit à des motivations pratiques et hygiénistes.

La ville se transforme profondément au cours du XIXe siècle. Durant les mandats du maire Ganne, la construction du collège et de la sous-préfecture, l’implantation d’une importante garnison, le déplacement des abattoirs dans le faubourg Saint-Jacques, la première extension urbaine hors les traditionnels faubourgs médiévaux (quartier de la République), et l’arrivée du chemin de fer témoignent d’une vaste entreprise de modernisation.

Les communications non seulement ferroviaires mais routières s’améliorent et toute la campagne environnante se donne rendez-vous à Parthenay pour le marché forain hebdomadaire : bestiaux, mais aussi porcs, chevreaux, oies, grains, denrées alimentaires et produits de consommation divers s’échangent alors à ciel ouvert dans les rues et places (en particulier sur les places des Bancs et Picard).

Le projet  de Marché couvert s’imposait :

  • pour une meilleure exposition et conservation des produits alimentaires ;
  • pour débarrasser les rues des diverses activités qui s’y entassent les jours de marché, afin de faciliter la circulation et améliorer l’hygiène ;
  • pour regrouper ces activités dans un lieu commode et isolé, plus facilement surveillable par la police et dont les déchets et eaux polluées puissent s’évacuer rapidement.

Réalisation du projet

Dès 1856, le terrain près de la halle de Boucherie, est acquis et réservé pour la construction d’un marché couvert dès que la ville en aura les moyens. Evoqué dès 1863, ce n’est que dix ans plus tard, en 1873, qu’est vraiment entreprise la construction. A l’origine le marché devait également servir de salle publique pour certaines fêtes locales et les représentations théâtrales, mais cette idée sera vite abandonnée.

L’avant-projet est présenté par l’architecte municipal A.Neau1  en décembre 1876 et avril 1877. Afin de financer la construction, il est prévu un droit de plaçage sur les emplacements attribués aux vendeurs (un règlement est voté dès 1877), ainsi qu’un emprunt. Ce dernier sera rejeté suite à une plainte d’un contribuable et il faudra recourir à une cession pendant 22 ans des droits de plaçage et de stationnement à MM. Oppermann2 et Moisant3 qui assurent la conduite de la maîtrise d’oeuvre. Livré le 1er  juillet 1881, le marché couvert est officiellement inauguré le 6 octobre 1882.

En 1887 ouvre la « rue Neuve » sur le coteau (actuelle rue Gaston-Niquet) qui facilite les communications avec Saint-Paul.

Analyse architecturale

Le bâtiment à ossature de fer comprend un pavillon central et une galerie couverte qui fait le tour du marché (les « coursives »). L’ensemble repose sur des soubassements en maçonnerie du fait de la forte pente, ce qui permet l’aménagement de caves et magasins en-dessous (certaines caves étaient réservées au stockage du matériel de la mairie, en particulier les pompes à incendie). Il y a 94 places de commerçants : 62 dans la partie centrale et 32 dans les bas-côtés.

L’accès du côté de la rue Niquet se fait par une double rampe d’escalier (des latrines publiques sont aménagées en-dessous). Cependant, l’entrée de la rue du Sépulcre restera la plus utilisée.

Les matériaux utilisés sont :

  • pour l’assise ou soubassement, la pierre de granite ;
  • pour le remplissage des murs du sous-sol et de l’élévation, une succession horizontale de briques rouges et de pierres calcaire, murs en maçonnerie de moellons hourdée au mortier de chaux ;
  • la fonte pour les colonnes (avec socles et chapiteaux), les bancs à piètement (aujourd’hui peints en vert, ils conservent en sommet leurs boulons en forme de fleur), les tuyaux de descente ;
  • le fer forgé pour les garde-corps des bas-côtés et des rampes d’escalier (à l’origine, la balustrade  devait pourtant être en fonte et pierre) ;
  • l’acier pour la charpente triangulée ;
  • le verre pour diffuser la lumière naturelle : lanterneau avec côtés en châssis vitrés verre demi-double, châssis d’aération en persienne en lamelles verres, châssis fer vitré verre demi-double des bas-côtés ;
  • le zinc et l’ardoise pour le toit. La couverture initiale et les chêneaux sont en tôle façon tuiles du Nord sur voligeage en bois (frise sapin) ;
  • les menuiseries du sous-sol et des portes d’entrée sont à l’origine en tôles, frises et châssis vitrés (verres cathédrale et demi-double).

Ces halles s’inscrivent dans une tendance du XIXe siècle à l’utilisation de matériaux nouveaux comme le métal (fonte, fer forgé), la brique (rouge et émaillée) et le verre. Certaines de ces constructions s’achetaient par catalogues. On parle souvent pour ce type de halles métalliques de « style Baltard » (du nom du concepteur des Halles de Paris). C’est une œuvre fonctionnelle, utilitaire avec des lignes sobres, ornée de motifs délicats : treillis des linteaux, chapiteaux de colonnes, … La construction est légère, incombustible, mobile, durable, extensible par sa structure.

Les travaux postérieurs

En 1927, on supprime la balustrade en avant du marché pour faciliter la circulation dans la rue Jaurès.

L’extension ou « nouveau marché » (1926)

Dès 1894, l’exiguïté du marché apparaît. La seule extension possible est dans le terrain vague à l’arrière, qui sert pour les marchés aux oies et aux chevreaux. L’idée serait de séparer la vente des grosses volailles et agneaux (à placer dans le nouveau marché à construire en contrebas) des autres denrées.

Le projet présenté en 1903 et 1906, repoussé par manque d’argent, n’est validé qu’en 1922, et le bâtiment livré en 1926. Il comprend un pavillon central avec deux bas-côtés, l’ensemble occupant 440 m², solidement assis sur des massifs et un tablier de béton, avec couverture en zinc.

Ce nouvel espace, marché aux chevreaux et volailles, servira aussi pour des meetings politiques, les bals du lycée, de salle des fêtes provisoire entre 1958 et 1970 (c'est-à-dire entre la fermeture du théâtre et l'ouverture du Palais des Congrès). Il devient sans destination après le départ du marché aux chevreaux en 1985. Les projets d’aménagement (comme une patinoire) resteront lettre morte. Le bâtiment sera détruit en 2001, l’espace libéré est occupé par un parking et la partie arrière du vieux marché refaite.

Les aménagements des années 1980

Le projet architectural conçu et conduit en 1985-1987 par le cabinet Rousseau-Lefebvre a pour objectif de donner une unité extérieure à l’ensemble des bâtiments en fermant les coursives, ainsi que de rénover et consolider les structures pour respecter les normes de sécurité.

On met donc en place une double peau extérieure en châssis aluminium laqué et verre feuilleté (type façade rideau), qui enveloppe tout l’extérieur. Ce bardage rouge et blanc est un simple habillage accolé en façade.

On ne conserve pas la couverture en ardoises : elle est remplacée par du bac acier. Pour des raisons de sécurité incendie et pour la ventilation, le toit est remonté, le plafond existant en bois est déposé et remplacé par un plafond rampant en bac métallique. Les vitrages des verrières au-dessus de l’escalier central sont remplacées par des verrières en plaques translucides PVC.

A l’intérieur, on réalise d’importants travaux de rénovation : des menuiseries aluminium sont utilisées pour la séparation des boxes, les bancs en bois avec piètements métalliques sont déposés dans les coursives, etc.

La récente rénovation

Des travaux de réfection ont démarré au début de l’année 2020. Après 9 mois de travaux, les halles ont pu rouvrir leurs portes. La rénovation respecte l’histoire des lieux pour se rapprocher de l’état d’origine. La toiture a été reprise, les coursives couvertes et toutes les mises aux normes sanitaires et de sécurité ont été effectuées, de même que l’aménagement de l’accessibilité. Enfin, les anciennes peintures au plomb ont été enlevées pour faire place à de nouvelles peintures et luminaires.

De fait, l’aspect extérieur des halles a complètement changé. On remarque maintenant les briques, bien mises en valeur, à l’extérieur, comme à l’intérieur du bâtiment d’où l’on peut admirer la nouvelle toiture et ses voliges en bois.

Les halles constituent aujourd’hui un marqueur stratégique de l’attractivité touristique et économique du territoire.  Leur rénovation contribue à redynamiser le centre-ville tout en contribuant au renforcement des circuits-courts alimentaires locaux.

Quelques semaines après la réouverture des halles, un nouveau rendez-vous hebdomadaire, le samedi, est venu s’ajouter au traditionnel marché du mercredi.

Conclusion

Depuis plus d’un siècle, des producteurs alimentaires locaux prennent place chaque semaine sur les bancs du marché couvert. Ce rendez-vous est devenu une institution du commerce local.

Beaucoup de halles équivalentes du XIXe siècle (métalliques ou en bois-maçonnerie) furent sauvées en France dans les années 1970 et 1980 puis protégées et restaurées (même s’il y eut aussi des disparitions, comme celle des Halles Baltard de Paris). Dans le département des Deux-Sèvres, il existe des halles anciennes encore en activité ou non à Niort (inscrites à l’inventaire supplémentaire), L’Absie, Airvault, Lezay, Pamproux (inscrites), La Crèche, Coulonges-sur-l’Autize (inscrites), Chef-Boutonne, Melle, Saint-Maixent, … Celles de Bressuire datent de la fin du XIXe siècle et celles de Thouars des années 1920.

Les halles de Parthenay constituent avec le Kiosque à musique le seul témoignage local de l’architecture métallique du XIXe siècle.

A. Neau est responsable de la maîtrise d’œuvre des bâtiments communaux et présente les plans initiaux, avant l’adoption de la structure Oppermann. En Gâtine, il est aussi de la marie-école de Fomperron, de l’agrandissement de l’église de Louin, de l’école de Largeasse.

L’ingénieur-constructeur Charles Alfred Oppermann (Strasbourg, 1860-Paris, 1881), diplômé de polytechnique et de l’école des Ponts-et-Chaussées, travailla en France mais aussi en Italie, en Espagne et au Portugal. Il est l’auteur notamment des halles en fer et fonte de la manufacture en porcelaines de Choisy-le-Roi, et de la halle métallique de Lisieux (1879-1880), peu avant celle de Parthenay. Il collabora pour ces deux constructions avec A. Moisant. Il se retire cependant vite du projet de Parthenay pour des questions financières mais demeure conseil technique car c’est son système breveté déjà utilisé à Lisieux qui est employé pour la charpente polygonale à angles rigides indéformables dit « système Oppermann ».

L’entreprise d’Armand Moisant (Neuillé-Pont-Pierre, 1838-1906), ingénieur de l’Ecole centrale des arts et manufactures, a assuré seul la livraison du Marché suite au désistement d’Oppermann. On lui doit aussi la construction des halles ou marchés couverts à Rennes, Troyes, Sens, Meaux, Orléans, Cherbourg, Vichy, Le Puy-en-Velay, Lisieux, Paris (Port-Royal et La Villette), Pernambouc (act. Recife, Brésil). Moisant, l’un des grands noms de la révolution industrielle en France avec Gustave Eiffel, participe à de grandes opérations comme les gares de Tours, Bordeaux Saint-Jean et Limoges, la gare de Lyon et le Bon Marché à Paris, la Galerie des Machines à l’Exposition universelle de 1889, le « Grand Palais des Beaux-Arts » de l’Exposition universelle de 1900, le viaduc de Port-Aubry à Cosne-sur-Loire, le pont du Midi à Lyon, les ponts de Marcadet et Douveauville à Paris, les lignes aériennes du métro parisien, la charpente métallique de la gare d’Orsay, etc.

Sources
  • Maria CAVAILLES, “Les Halles métalliques de Parthenay”, dans Clepsydre. Revue de l’association Patrimoines en Gâtine, n° 4, 1997.
  • Frédéric SEITZ, L’architecture métallique au XXe siècle, Belin, 1995.
  • Laurent FLEURET, articles « Mémoires de Gâtine » parus dans la Nouvelle République (10-05-2012)
  • Bertrand LEMOINE, Les marchés couverts et les kiosques de la région Poitou-Charentes, Centre d’études et de documentation sur l’architecture métallique/Conservation régionale des Monuments historiques, 1988.
  • Archives départementales des Deux-Sèvres, 2 O 1756
  • Archives municipales, délibérations du conseil municipal
  • Archives municipales de Parthenay : 1 M 12 ; 17 W 14 ; 150 W 23-26 ; 193 W 26 ; 291 W 71.
  • Portefeuille économique des machines, de l'outillage et du matériel. 1856-1914. 1881/04 (N304,SER3,T6), n°  304, avril 1881 (consulté sur Gallica).
  • http://fr.wikipedia.org/wiki/Armand_Moisant
  • http://christian.gachignard.pagesperso-orange.fr/cariboost1/crbst_27.html